Les exploits des RS en 1973 : La Targa Florio 1973

2ème partie : la Targa Florio 1973

2.2   Le Circuit Picolo :

2.2.1 Le tracé :

Le circuit Picolo est long de 72 km, à parcourir un certain nombre de fois : onze en 1973 par exemple, soit un total de 792 km, ou encore 6h54 de course pour les vainqueurs. Chacun des tours comportait 750 virages (certains gagnés par l'esprit des lieux vont jusqu'à mentionner 1000)  et demandait environ 1500 passages de vitesse.

A quelques exceptions près, le temps y était invariablement beau au printemps, loin des brumes et de la pluie du Nürburgring et du temps gris des Mille Miglia.

Par contre lorsqu'il pleuvait, comme lors de l'édition de 1966, la piste devenait une véritable patinoire comme le montre la photo de la 906 de Magioli prise cette année là :

Il serpente sur les routes pittoresques de la Sicile dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, et au travers même des villages de Cerda, Collesano et Campofelice. Le revêtement est par endroit très bosselé et la largeur de la route peu en rapport avec les vitesses atteintes. La dénivelée entre le point le plus bas du circuit le long de la mer et son point culminant est d'un peu moins de 600 m.

 

Le départ et l'arrivée de chaque tour s'effectuaient aux tribunes du circuit situées au sortir de la longue ligne droite avant d'attaquer la remontée en altitude.

Ces tribunes avaient été initialement construites en 1924. Elles avaient ensuite été reconstruites pour l'édition de 1951. Elles existent encore aujourd'hui. Elles sont incluses, dans un ensemble appelé "Floriopolis" ou "Floriopoli" en l'honneur du créateur de l'épreuve, comprenant d'un coté, à droite dans le sens de la course, les tribunes proprement dites avec les stands de l'autre coté de la route. Les véhicules de transport et les camions ateliers des écuries se trouvaient derrière les stands (à droite sur la photos ci dessus). Cet endroit était aussi dédié aux contrôles administratifs et techniques d'avant course. L'enceinte de Floriopolis était grillagée.

L'ensemble se trouve dans un virage à gauche comme on peut le voir ci dessous :

Les stands en 2017

L'aire réservée aux stands étaient très exigüe. Le "stand" Porsche était situé vers la sortie c'est à dire tout à droite sur la photo ci dessous :

Il y régnait une activité de ruche au mois de mai comme le montre les photos prises au moment d'un pit stop de Van Lennep lors de l'édition de 1973

 

 

Floriopolis se trouve 2km après le virage à gauche à la fin de la longue ligne droite le long de la mer et pratiquement 7 km au sud de Cerda. Les tribunes se situent à 43 m d'altitude, Cerda se trouvant déjà à 272 m.

Le départ y était donné dans une ambiance indescriptible :

La portion de route entre Floriopolis et Cerda ne présente pas de difficulté particulière. Cerda est le point du circuit marquant véritablement la montée vers le point culminant du circuit. La longue ligne droite de 800 m dans la ville est le dernier endroit où la vitesse des voitures était importante.

A Cerda il n'y avait pas vraiment besoin de construire de tribunes. La population locale utilisait ses balcons pour avoir une vue plongeante sur les autos qui passaient en trombe. Ou bien elle s'asseyait aux cafés du coin, ou se tenait au débouché des rues adjacentes, sous le regard débonnaire mais sans doute attentif des Carbinieri, qui veillaient à ce que rien de catastrophique ne puisse arriver. Il n'était pas interdit de traverser le tracé à pied pour aller prendre le café de l'autre coté de la route. Encore aujourd'hui certains n'ont pas oublié le bruit des bolides dans Cerda.

 

Les concurrents rejoignaient ensuite Caltavuturo en empruntant les premiers lacets des Madonies :

Ils n'y entraient pas vraiment, quittant la route principale (SS120) en direction de Colesano, contournant ainsi Caltavuturo par le bas de la falaise où le village est perché, comme montré par la photographie ci dessous :

Le tracé descend alors vers l'autoroute (celle qui a été gravement endommagée ces dernières années), et remonte ensuite vers "Bivio Polizzi" (c'est à dire le carrefour entre la route vers Colesano et celle de Polizzi) situé au kilomètre 38 du circuit :

Ce carrefour était stratégiquement important, car il y était organisé un "pit stop" de campagne, un peu sommaire certes au regard des canons actuels, mais il était au calme, avec les chants des cigales en musique de fond seulement perturbé par le passage des bolides. Il permettait de faire le plein, et éventuellement de changer les pneus.

Faire le plein était une opération un peu ole ole. Les épanchements de carburants n'y étaient pas rares, car en fin de compte trop plein c'est quand même plein !. On s'employait alors à nettoyer la route au jet d'eau. Ecologie quand tu nous tiens, à moins que cela ne soit le risque d'incendie que les équipes cherchaient à minimiser.

L'endroit servait aussi de poste de communication avec l'équipe située aux stands de Floriopolis. On est loin de ce que sont les des techniques de télécommunication de nos jours.

On remarquera quand même que les prototypes Ferrari  étaient munies d'antenne radio : marchait elle partout sur le parcours ? était elle audible par les pilotes ?

Bivio Polizzi était situé juste avant le point haut du circuit, et quelques 5 km après ce point culminant, les pilotes entraient dans le haut de Collesano, mais ne traversaient pas entièrement le bourg. Parmi les plus belles photos du circuit ont été prises à cet endroit.

Le tracé descendait ensuite dans le bourg

et rejoignait après Campofelice à travers la campagne.

Campofelice signifie "le champ heureux", et pour les pilotes c'était un soulagement d'y arriver. Depuis Cerda, ils étaient sur 51 km, montés et descendus à travers la montagne, avaient souffert de mille virages et épingles (750 dit on, soit en moyenne un tous les cents mètres), milles bosses, on ne sait combien de virages fraichement réparés avec les gravillons qui vont bien avec, et pour les plus rapides d'entre eux tenté de doubler ceux qui se trainaient un peu. Ils voyaient enfin la mer de près et savaient qu'ils allaient rejoindre les tribunes peu après la longue ligne droite de Buonfornello. Tout comme Cerda, Campo Felice voyait passer les voitures à vive allure : on se rappellera que Pucci y avait cassé R8 pendant les essais :

Les flèches jaunes indiquent le sens de parcours des autos à travers Campo Felice. De nos jours on ne peut plus emprunter ces rues dans ce sens là du fait des sens interdits mis en place depuis.

Ce n'est qu'après Campofelice, et après être descendus au niveau de la mer, que les concurrents pouvaient enfin laisser parler les chevaux de leur monture sur la longue ligne droite de 6.9 km longeant la mer jusqu'à Buonfornello. Pour mémoire la ligne droite des Hunaudières ne fait que 6 km. Avant la ligne droite, les pilotes avaient engagé la deuxième et la troisième pendant 65 km. Sur la ligne droite ils engageaient la vitesse la plus longue atteignant parfois 300 km/h, comme c'était le cas pour les vainqueurs de l'édition de 1973. Cette ligne droite permettait aux pilotes de réfléchir, mais aussi de s'inquiéter en se demandant si à cette vitesse quelque chose n'allait pas casser après la torture infligée par les virages des Madonies. Enfin comme on le voit ci dessous la route n'était pas bien large.

Habituellement un commissaire était posté à la fin de la ligne droite pour mettre à feu une petite fusée de carnaval afin de prévenir qu'une voiture allait bientôt arriver aux tribunes de Floriopolis.

 



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Commentaires:

  1. Le document est détaillé, intéressant et l'auteur a fait des recherches approfondies.
    La Targa Florio illustre l'époque où les pilotes étaient des dieux et où l'automobile faisait rêver.

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