Les exploits des RS en 1973 : La Targa Florio 1973

2ème partie : la Targa Florio 1973

1.2     La naissance de la Targa Florio :

Pour bien comprendre la vivacité du management de la Targa Florio et de son organisation, il est utile d'en rappeler brièvement l'histoire. En effet, elle explique en grande partie la longévité de cette course remarquable. Les épreuves et péripéties que la Targa Florio et son mentor eurent à traverser furent nombreuses, mais elle et lui résistèrent à tout, surtout du vivant de Vincenzo Florio..

Jeune homme Vincenzo Florio est né le 16 mars 1883. Il était d'une famille aristocratique immensément riche; elle possédait par exemple la compagnie "Navigazione Generale Italiana" qui avait un quasi monopole des lignes desservant l'Italie (pas seulement la Sicile), une banque, une fonderie, une usine de céramique, des hôtels, une compagnie pour exporter le Marsala que la famille produisait, des nombreux bâtiments et terrains. L'argent n'était pas un problème.

Il était passionné par les "attelages sans chevaux", et avait appris à conduire sur la De Dion que lui avait offerte son grand frère Ignazio. Qu'on ne s'y trompe pas: à l'époque c'était l'unique véhicule motorisé en Sicile. Il était passé ensuite à une Peugeot, puis une Benz, et bien d'autres. Il ne rêvait que de course automobile. Un étape importante fut franchie lorsque Ignazio acheta une FIAT, qui fut livrée directement au Palazzo Florio par un certain Felice Nazzaro, qui devait devenir un grand pilote italien (il a par exemple gagné la Targa Florio en 1907 et 1914). Vincenzo en fit son ami et la fièvre "automobile" n'en fut que décuplée. Lors de compétitions organisées  entre eux dans le parc de la Favorita à Palerme, Vincenzo se mesurait aux autres aristocrates de Palerme ainsi qu'à Felice Nazzaro. Tout ceci ressemblait fort aux compétitions automobiles organisées par le marquis De Dion dans le bois de Boulogne à Paris à la même époque. Tout allait bien pour sa passion automobile jusqu'au jour où Vincenzo voulu s'inscrire à la course Padoue - Bovolenta organisée le 27 octobre 1902. Il voulait s'y engager avec une FIAT, que Giovanni Agnelli refusa courtoisement de lui vendre. Il ne pouvait être question de vendre une auto de course à un jeune homme (mineur !) de bonne famille (!), famille qui en plus était amie et aussi très bonne cliente.... Aussitôt Vincenzo Florio s'embarqua pour Paris, où il s'empressa d'acheter une Panhard Levassor de 40 HP. Qu'il fit monter, essayer dans le bois de Boulogne et transporter à Padoue pour prendre part à la course, qu'il gagna à la vitesse de 112 km/h, devant Vincenzo Lancia (le futur créateur de la marque Lancia)..... . Il s'empressa d'aller annoncer la nouvelle à Giovani Agnelli, lui disant que s'il lui avait vendu sa FIAT, une FIAT aurait gagné la course.

L'année d'après la course Paris Madrid via Bordeaux était à son programme. Il s'y était engagé, parmi 300 concurrents, avec son ami Georges Teste comme co-pilote, sur une  Panhard toute neuve. Pendant que Georges finissait les essais de la Panhard, Vincenzo était reparti en Sicile prendre quelques jours de repos sur l'île de Favignana que possédait la famille à l'ouest de la Sicile.

Il s'agissait entre autre d'assister à la traditionnelle "Matenza" des thons. Au moment de repartir pour Paris, son frère refusa tout net de le laisser partir pour une course aussi risquée.... Igniazio, qui avait 35 ans à l'époque, était le tuteur de son frère depuis le décès de leur père en 1898, et il donna des ordres pour qu'aucun bateau ne le prenne à son bord !.

A partir de 1904, enfin considéré comme majeur, son frère ne pu que lui laisser la bride sur le coup. Il s'engaga alors à la course du Ciruito di Brescia prévue le 5 septembre 1904, à Montichiari dans la banlieue de Brescia, . A la fin du mois d'aout, alors qu'il participait aux essais de cette course au volant sa nouvelle Mercedes 60 HP, il annonça aux organisateurs qu'il voulait instituer une coupe pour la course.

Il arriva second, derrière Vincenzo Lancia qui gagna donc la fameuse coupe. A la fin de la course, les organisateurs (Arturo Mercanti et Enrico Minetti) lui suggérèrent d'instituer une course qui s’appellerait la Copa Florio.  Vincenzo accepta aussitôt cette suggestion avec enthousiasme, et parti à Paris faire faire une coupe chez un célèbre orfèvre. De leur coté, Mercanti et Enrico Minetti s'activèrent pour organiser la première Coppa Florio qui allait être une des évènement de la semaine de Brescia en 1905.

Même s'il aimait la vitesse, et le circuit de Brescia était un circuit de vitesse, Vincenzo Florio voulait plus et ses yeux se tournèrent vers la  Coupe Gordon Bennett, dont le circuit tortueux exigeait bien d'autres qualité des autos que la simple vitesse. Toute l'Europe automobile ne parlait que de cette course. Elle faisait le buzz.

C'est ainsi que début juillet 1905, Vincenzo Florio était en France, avec sa Mercedes 60 HP, dont il partagea le volant  avec Ravetto son mécanicien. Il devait assister au départ de la coupe Gordon Bennett en compagnie de son ami Georges Teste. Après la victoire française en Allemagne l'année précédente, Clermont-Ferrand accueillit la dernière coupe Gordon Bennett, sur un parcours de 137 kilomètres, à parcourir quatre fois (soit 548 km), élaboré par les frères Michelin. À cette occasion, Michelin édita sa première première carte routière, celle du parcours de la course, à l'échelle du 1/100 000e

Henri Desgrange avec Louis Brasier vainqueur de la Coupe Gordon Bennett 1905

Le départ fut donné le 5 juillet : Vincenzo Florio y visita les stands de Laschamps près de Clermont-Ferrand (en fait à moins de 5 km du circuit de Charade), où les 18 voitures engagées étaient alignées prêtes pour le départ. Autour il y avait des mécaniciens, des reporters et de photographes, beaucoup de monde qui tenaient conversation avec les pilotes. Parmi ceux ci : le Chevalier de Knyff, le Marquis De Dion, le comte de Récopé, le baron de Zuylen, les frères André et Michel Michelin, tous membres de l'Automobile Club de France. Il y avait aussi Léon Théry, Felice Nazzaro, Vincenzo Lancia, Alessandro Cagno, Arthur Duray et Camille Jenatzy (le pilote de la fameuse voiture électrique la "Jamais Contente"), Sir Charles Rolls (co-fondateur de la firme Rolls-Royce), et le baron Pierre de Caters. Parmi les personnalités remarquables, il y avait aussi Gordon Bennett lui même, l'organisateur de la coupe Gordon Bennett automobile, mais aussi de la coupe Gordon Bennett aéronautique. Outre le beau monde rencontré, ce qui remplissait son carnet d'adresse, Vincenzo Florio parcourut les 137 km du tracé avec sa Mercedes 60 HP.

Cela commençait à ressembler furieusement à la future Targa Florio : un circuit en moyenne montagne, long de plusieurs dizaine de kilomètres, à parcourir plusieurs fois .... C'est là que se forma dans son esprit l'idée d'une course similaire dans les Madonies en Sicile : alors demanda Teste à Vincenzo, vas tu organiser ta propre course ?. Oui répondit Vincenzo, cela peut se faire et se fera. De Clermont-Ferrand il se rendit directement à Paris pour promouvoir sa Coppa Florio. Parmi d'autres il rencontra Henri Desgrange le directeur de l'AUTO (ancêtre du journal l'Equipe), qui était alors le plus grand magazine sportif de France.

Desgrange lui demanda : mais pourquoi n'organisez vous pas votre course en Sicile. La réponse fusa : parce que nous n'y avons pas de route !. La réponse semble un peu brutale, mais Vincenzo pensait déjà aux études nécessaires pour savoir ce qu'il en était réellement, et ce qu'il convenait de faire.

Pour l'heure son principal soucis était sa Coppa Florio à Brescia. Il y participa du reste avec sa nouvelle Mercedes-Dordon Bennett -120 HP, mais ne termina que 9ème. La course fut un très grand succès international, avec à peu près les mêmes pilotes que ceux qui venait de participer en juillet à la Coupe Gordon Bennett. Quelques semaines après fut crée un "Comitato Panormitan" dont Vicenzo Florio fut bien entendu élu président (voir plus loin).

Convaincu de la faisabilité de son projet, Vincenzo Florio se rendit à Paris dès le mois d'octobre de la même année. Il descendit à l'Hôtel Crillon, et rencontra aussitôt Henri Desgrange au siège du journal l'Auto, pour présenter son projet. Henri Desgrange avait convié Charles Faroux (le futur créateur des 24H du Mans en 1923, photo ci contre), Georges Lefevre (l'initiateur du Tour de France cycliste auprès de Henri Desgrange), et le photographe Louis Meurisse. Vicenzo Florio leur présenta son projet : une carte du circuit, le "Comitato Panormitan", précisant qu'il logerait les personnalités qui viendraient en Sicile au Grand Hôtel Vila Igea (propriété de sa famille), et qu'il mettrait à la disposition des journalistes (qu'ils soient amis ou ennemis) les étages du bâtiment, où le "Comitato Panormitan" avait ses bureaux au rez de chaussé. A la fin de sa présentation, promettant d'envoyer un dossier plus complet après la réunion, il demanda si Desgrange supporterait son projet. "Oui je le ferai" répondit ce dernier, et il proposa d'envoyer sur le terrain 3 journalistes, que Vincenzo Florio s'empressa d'inviter à bord des lignes maritimes de sa famille, et dans un de ses hôtel à Palerme. Peu de temps après la Vincenzo retourna en Sicile et Henri Desgrange reçu le dossier promis lors de la réunion. Il l'étudia et décida d'envoyer aussitôt Charles Faroux, Georges Lefevre et Louis Meurisse, en mission exploratoire sur place. Reçus comme des princes ces derniers purent se rendre sur place à plusieurs reprises, transportés par les voitures et chauffeurs de Vincenzo Florio, Louis Meurisse prenant à l'occasion de nombreuses photographies avec son appareil Kodak. A leur retour Henri Desgrange fit paraitre une série d'article sur la course, entre temps nommée la Targa Florio, qui reçu les faveurs du public français et étranger.

 La Targa Florio était née, et début 1906 le Comitato Palermitan en avisait les maires des villages traversés :

 

 

 



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Commentaires:

  1. Le document est détaillé, intéressant et l'auteur a fait des recherches approfondies.
    La Targa Florio illustre l'époque où les pilotes étaient des dieux et où l'automobile faisait rêver.

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