Les exploits des RS en 1973 : La Targa Florio 1973

2ème partie : la Targa Florio 1973

2.5  L'organisation de la course chez Porsche :

La mobilisation:

L'équipe technique de Porsche, y compris le camion atelier Opel Blitz et le transporteur MAN, voyageait de Zufenhausen en Sicile en convoi. Les chauffeurs ne trainaient pas en route. Ils quittaient Zuffenhausen le lundi avant la course à 4h du matin, et après deux nuits arrivaient à Cefalù le mercredi. Quant tout allait bien, les mulets, les autos de course, les roues et pneus de rechange, et les pièces de rechange importantes, étaient envoyés en avance à bord d'un autre camion. Au retour, le convoi quittait les lieux le lundi après la course vers midi et arrivait à Zuffenhausen le jeudi en fin de journée.

Pour 1973, les techniciens et ingénieurs venaient par la route depuis Monza, où s'était tenu une manche du championnat du monde des marques fin Avril. Les pilotes ont rejoint la Sicile depuis les lieux où le courraient les manches de ce championnat auxquelles ils venaient de participer. Par exemple pour les pilotes Porsche :

  • Gijs Van Lennep et Herbert Müller, ainsi que Claude Haldi venaient de participer aux 1000 km de Spa le 6 mai,
  • Leo Kinnunen venait de participer au championnat Interserie à Imola le 1er mai,
  • Pucci était un pilote local,
  • Gunther Stekkönig venait de participer aux Elfen Rennen du Nürburgring le 29 avril.

Ils venaient éventuellement par la route à bord de 911. Par exemple pour l'édition de 1973, le châssis 911 230 230 0841 qui devait remplacer la RSR d'usine R8 après l'accident du Baron Pucci était venu par la route.

Le logement:

Tout le monde descendait à l'hôtel "Kalura" et s'il y avait encore du monde à loger l'hôtel Santa Lucia était mis à contribution. Le Santa Lucia avait un parking sur lequel les mécaniciens pouvaient travailler et une cave dans laquelle des pièces de rechange pouvaient être stockées.

La nourriture était excellente et toute l'équipe adorait la Targa Florio en dépit de la durée du voyage pour s'y rendre depuis l'usine.

La base arrière :

En 1973, Porsche avait loué un garage ( en fait un chais) qui était si vieux et si sale que les mécaniciens ont consacré leur premier jour sur place au nettoyage des lieux. Un journaliste italien, Franco Lini, avait visité les lieux et avait déclaré que Porsche allait gagner la course. Quand on lui demandait pourquoi il répondait : "Mais parce que Mercedes a été ici dans les années 50 et ils ont gagné !"

   

Comme on le voit sur ces photos l'équipe Porsche était quand même mieux logée à Téloché lors des 24h du Mans.

Les stands et leur organisation :

A Floriopolis, Porsche occupait les deux derniers stands,dans le sens de la course, après les stands Ferrari et celui arborant la publicité Sony : celui avec un balcon blanc.

 

Norbert Singer dirigeait l’équipe de mécanicien : on le voit ci dessous à droite de la RSR de Haldi (N°9).

Peter Falk se tenait là avec ses chronomètres. Il n'avait absolument aucune confiance dans le chronométrage officiel, car il était connu pour ne pas être fiable, et on le comprend en regardant le tableau des chronométreurs ci dessous (ici pour la 46ème Targa Florio qui avait vu la victoire de W Mairesse/R Rodrigez/O Gendebien) : il y avait de quoi se tromper !

Il fallait sans arrêt calculer les temps mis par chacun des concurrents, et les ajouter au fur et à mesure de leur passage. Celui dont la somme des temps était la plus faible était en tête. On savait donc qui était en tête toutes les 40 minutes à peu près. Il fallait aussi savoir qui avait abandonné, et en être certain. De son poste Peter Falke pouvait aussi garder un oeil sur les autos de la concurrence et sur les caprices des organisateurs.

On le voit là, portant un chapeau gris, penché sur à son petit bureau de campagne en train de veiller au grain. Outre son rôle de chronométreur, il était en contact radio avec l'équipe situé à Bivio Polizzi. Sa reconnaissance pour la radio Bosch est encore aujourd'hui infinie. Elle marchait très bien en dépit de la crête de montagne qui séparait Floriopolis de Bivio Polizzi. En 1969 il fit clouer un clou dans le mur des stands pour accrocher l'antenne de sa radio: il y était encore en 2014, 41 ans après !.

Hors management de la course, on note aussi la présence de Furhmann, en chemise bleue derrière les mécaniciens qui s'activent :

Tout comme les 1000 km du Nürburgring, les 24 heures du Mans, la Targa Florio était une course à laquelle parfois Ferry Porsche assistait. Il n'était pas à celle de 1973 puisque la direction générale était confiée au Dr Fuhrman depuis 1972. On voit ci dessous Ferry Porsche et son épouse lors de l'édition de 1969, devant la 908 des vainqueurs (Gerhard Mitter - Udo Schultz).

D'après Peter Falk, Ferry assistait à toute l'opération de préparation et aux essais, comme un ingénieur experimenté et reconnu de tous. Mais il n'intervenait jamais à propos du travail des ingénieurs et mecaniciens, pas plus qu'à propos de la stratégie de course. Il se tenait en arrière plan, et si d'aventure Porsche était vainqueur, il serrait la main de tout le monde en disant "well done". En cas de défaite, il faisait de même et disait "faites mieux la prochaine fois". Il prenait les défaites avec philosophie, sachant que chacun avait fait de son mieux et qu'on ne peut pas toujours gagner .

Furhmann était nettement plus intrusif ! Norbert Singer se rappelle que lors de l'édition 1973 il avait prévu de faire un changement de pneumatique lors du deuxième arrêt au stand  près 6 tours, mais les températures montaient et Dieter Glotzbach (ingénieur pneumatique de Dunlop) devenait nerveux avec ses pneus  Dunlop. Il a demandé à Norbert Singer ce qu'il pensait de faire un changement plutôt au premier arrêt, juste pour assurer le coup. Norbert Singer lui a donné son accord, même si l'arrêt au stand allait être plus long, mais il avait confiance dans l'instinct de Glotzbach. Lors de l'arrêt Furhmann s'est mis en colère à propos de ce changement anticipé : mais que faites vous donc demanda t il à Norbert Singer : nous perdons du temps avec ce changement !.  A ce moment là Glotzbach lui a suggéré d'inspecter la roue qui venait d'être démontée. Elle avait une crevaison et on entendait l'air fuir. Furhman a immédiatement changé d'attitude et a déclaré qu'ils avaient pris la bonne décision. On imagine la tension dans les stands pendant l'incident.

Furrmann était aussi célèbre pour avoir décidé de la stratégie en course lors des 24 heures du Mans. Norbert Singer privilégiait les appuis pour augmenter les vitesses de passage en courbe, ce que contestait Fuhrman qui souhaitait des vitesses en ligne droite les plus élevées possibles. Singer avait beau lui expliquer que les temps au tour étaient meilleurs, rien n'y faisait. Je vous dis flat out tout le temps, disait Furhman. C'est Gijs Van Lennep qui avait répondu à sa place : parfait on se couchera tôt à l'hôtel comme ça !



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Commentaires:

  1. Le document est détaillé, intéressant et l'auteur a fait des recherches approfondies.
    La Targa Florio illustre l'époque où les pilotes étaient des dieux et où l'automobile faisait rêver.

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