Les exploits des RS en 1973 : La Targa Florio 1973

2ème partie : la Targa Florio 1973

2.3  Principe de la course :

La Targa Florio était une course contre la montre automobile, comme il en existait souvent à l'époque : Mille Miglia en Italie et la Ronde Cévenole en France pour ne citer que celles ci.

Il n'était bien entendu pas possible de lancer tous les concurrents en même temps sur le circuit. Le départ était donné individuellement, et depuis 1969, les grosses cylindrées partaient devant. A partir de 1972, elles partaient de minute en minute dans l'ordre établi par les temps réalisés aux essais tandis que les autres concurrents s’élançaient avec 10" d'intervalle.

Le nombre de tour à parcourir a été variable selon les années et sujet à de nombreuses controverses entre Vincenzo Florio et les concurrents. Ces derniers souhaitaient un nombre de tours faibles. Mais Vincenzo Florio devait se plier aux exigences de la CSI, lorsque la Targa Florio était inscrite au Championnat du Monde des Marques : la distance parcourue pendant l'épreuve devait être d'au moins 1000 km, en l'espèce 14 tours (1008 km) pour la Targa Florio de 1958 et 1959 . Devant les protestations des concurrents, cette limite fut réduite à 10 tours (792 km), puis remontée à 11 à partir de 1970. Le tableau suivant résume le nombre de tour effectués à partir du moment où la Targa Florio est revenue sur le Picolo Circuito :

Le règlement de 1973 précisait également que chaque auto devait être conduite par au moins deux pilotes, plus éventuellement un troisième en réserve.  Chaque relais de pilote ne devait pas dépasser 3h30. Il se disait que l'optimum des relais était 3 tours pour le premier relais, 4 pour le second, et 4 pour le dernier. Lorsque le pilote en tête franchissait la ligne d'arrivée à la fin de son dernier tour, les suivants n'étaient plus autorisés à repartir pour d'autres tours s'ils n'étaient pas dans le même tour que le vainqueur. Les autos ayant parcouru au moins 7 tours étaient classés. C'est ainsi qu'en 1973 seuls les 6 premiers ont parcouru les 11 tours prévus.

Le tableau ci dessus montre aussi à quel point la course était difficile: entre un tiers et la moitié des partants étaient à l'arrivée. Les 95% de l'année 1957 correspondent à la course de régularité que Vincenzo Florio avait été contraint d’organiser suite à l'accident de De Portago sur les Mille Miles. C'était vraiment une course pour des voitures solides et fiables comme les Porsche.

A cet égard il est bon de rappeler que Von Hanstein avait convaincu Ferry Porsche que la Targa Florio était faite pour des voitures légères et fiables. Ce fut chose faite et bien faite en 1956, puisqu'une 550 RS pilotée par Umberto Maglioli gagna la course cette année là. Par la suite le tableau de chasses des Porsche a été impressionnant, montrant ainsi que la vision de Von Hanstein concernant l’adéquation des Porsche à ce circuit difficile était correcte.

La course était précédée d'une session d'officielle, organisée sur route fermée le samedi (12 mai en 1973), qui déterminait l'ordre de départ. Le premier à partir bénéficiait d'un avantage puisqu'il avait le champs libre devant lui. Ces essais officiels ("Prove") sur route fermée étaient précédés d'essais privés ("Prove Libre") sur route ouverte, effectués durant la semaine précédant la course. Ils étaient nécessaires aux pilotes pour mémoriser un circuit de 72 km, ou le re-mémoriser. Jean-Claude Haldi disait qu'il ne lui fallait que 3 à 4 tours de circuit pour connaitre le circuit par coeur parce qu'il avait participé à la Targa Florio de nombreuses fois, et que pour le mémoriser la première fois plusieurs dizaines de tours étaient nécessaires. Ces essais privés ne s'effectuaient pas avec les voitures de course ou leurs mulets, mais souvent avec des voitures de location (inutile de préciser dans quel état elles étaient restituées à l'agence de location). Celles ci arrivaient après les pilotes, les derniers essais en fin de séance étant consacrés aux réglages châssis et moteur des voitures engagées en course.

Toutefois en 1973, et pour ce qui concerne Porsche, les essais non officiels ont été effectués avec les 911 dans le but d'apprendre le circuit. Ensuite les pilotes effectuaient quelques tours avec le mulet (E42). Pour les essais officiels et qualificatifs du samedi, chaque equipage avait droit à deux tours avec la voiture engagée. On économisait ainsi au maximum le mulet et les voitures engagées en course.

Les autos engagées devaient faire l'objet de contrôles administratifs et techniques comme pour toute épreuve automobile qui se respecte. A l'issue de ces contrôles un certificat était fourni. Ci dessous ceux de Kinnunen/Pucci (RSR d'usine R8, engagée en GT) et de Van Lennep/Müller (RSR d'usine R6 engagée en prototype) datés du 9 mai, c'est à dire du mercredi avant la course qui a eu lieu le dimanche :

Les pilotes locaux tels que Vacarella ou le Baron Pucci avaient bien évidemment un avantage sur leurs collègues non siciliens, puisqu'ils pouvaient parcourir le circuit tout au long de l'année. Vacarella était même natif de Collenaso et habitait Palerme.

Faire des essais sur route ouverte impliquait de risquer des rencontres inattendues : une vieille Fiat conduite tranquillement, un camion, un troupeau de chèvre, un âne, etc...  La population locale peut être habituée au fil des ans ou fanatique de l'automobile ne protestait pas, et les carabiniers essayaient de faire bonne figure et essayaient d'être utiles à l'organisation de la Course.

On retrouve encore aujourd'hui cette attitude des forces de l'ordre lors du Rallye Historique du Portugal.



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Commentaires:

  1. Le document est détaillé, intéressant et l'auteur a fait des recherches approfondies.
    La Targa Florio illustre l'époque où les pilotes étaient des dieux et où l'automobile faisait rêver.

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